Musique

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              Certains pouvaient penser que notre monde avait fait le tour des possibles de ses traditions. Certains pouvaient penser qu’un duo chant et harpe s’inscrivait dans un monde teinté de classicisme et de salons en velours. Ici «Boked eured» était chanté, dans toutes les noces et souvent la mère de la mariée, presque rituellement, versait une larme. Aujourd’hui moins de mariages, moins de rituels, peut être moins de salons en velours mais toujours la recherche des émotions et donc, d’autres chemins pour les éveiller. Chaque époque apporte ses innovations, qu’elles soient techniques ou liées à l’élargissement de notre connaissance de l’autre : jadis à proximité, aujourd’hui où nous portent nos pas.

Il faut se laisser porter par le jeu résolument dynamique et « l’écriture » intelligente de Lina, soliste, et dans le même mouvement au service du chant. L’amateur pourra y entendre les accents du kanun proche cousin oriental de la harpe ou encore ceux de la kora d’Afrique de l’ouest. L’interprétation de Rozenn sera tantôt respectueuse des formes anciennes, tantôt exploratrice d’autres routes qu’elle fait siennes.

Le choix du répertoire de cette album nous donne à entendre nombre de textes qui furent des standards dans le Centre Bretagne du XXéme siècle (Boked eured (Boked an euredoù) déjà cité: Bolomig (Tad Janedig), Ar plac’h dime’et gant he mamm (Ar momant dimi), pour n’évoquer que les plus célèbres.

Nous nous trouvons face à une réponse personnelle aux influences que reçoivent, les jeunes artistes de Bretagne aujourd’hui : synthèse et personnalisation des masses d’informations musicales et des sensibilités que le « local » et la modernité partagés nous proposent.

Souvent je retrouve l’écho de l’enseignement de Manuel Kerjean dans les phrases de grands auteurs. Face à la musique de Rozenn et Lina c’est Kerjean-Gide (j’ose ce rapprochement) que je citerai : « Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre ; plus que de tout, aie honte de cela. (…) Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres. »

« Kouraj emeze merc’hied, ha pa pehe lazhet kant deus ho mestroù, d’ar baradoz ac’h iet. »

Erik Marchand

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